Samuel Daméus, le photographe derrière « Faces of Haiti »

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Samuel Daméus, le photographe derrière « Faces of Haiti »

Samuel Daméus, le photographe derrière « Faces of Haiti »

Montrer les beaux endroits sans sombrer dans l’utopie, valoriser la culture locale, cultiver la nostalgie de l’Haïti d’autrefois, ce sont les principaux éléments de Faces of Haiti, l’exposition itinéraire que Samuel Daméus a mise sur pied en janvier dernier à Miami. La motivation derrière ce travail, c’est d’influencer les regards sur notre pays et aussi inculquer quelques notions positives à ses concitoyens dont le volontariat. Portrait d’un photographe qui circonscrit son travail entre le social et l’engagement.

L’aboutissement de Samuel Daméus à la photographie participe d’une quête de sens, d’un cheminement presque spirituel. « Depuis l’enfance, j’avais le souci d’extérioriser ce qui me traverse. Je me suis essayé au piano. Ce ne fut pas très fameux. Ce fut pareil avec le saxophone. J’ai aussi flirté avec la peinture », conte cet homme qui mettait la barre trop haut à chacun de ses essais. Un ami lui passe alors une petite caméra numérique. « Dès les premiers jets, dit-il, j’ai fait l’objet de retours avantageux de la part de proches et d’amis. On a estimé que j’avais l’œil ».

Ayant trouvé sa voie, il prendra les choses vraiment au sérieux au lendemain du séisme qui a frappé le pays en janvier 2010. Se rendant au Cap, sa ville natale, après le désastre, il est marqué par les scènes désolantes qu’il observe mais surtout par l’angle priorisé par l’ensemble des médias internationaux dans le traitement des informations. « J’ai vu, dit-il, autre chose que la misère, comme l’entraide parmi des gens qui apparemment n’étaient pas très proches, le désir de vivre ». Sa photographie, de fait, change de direction. Il s’éloigne des banalités de débutant pour se diriger vers une très haute branche encore peu courue dans le milieu haïtien, à savoir la photographie sociale.

D’abord la BBC, ensuite d’autres médias mainstream ont commencé à s’intéresser à ses photos. Cet intérêt des médias pour son travail atteste, selon lui, d’un besoin d’un autre regard sur Haïti. Dès lors, Samuel s’est mis à faire le va-et-vient entre des photos de paysages et des photos qui peuvent susciter une réflexion. « J’ai le flair, affirme-t-il, pour faire voir autre chose dans une banalité ». Il s’est formé aux rudiments de la photographie à Fotomatik dirigé par Gaspard Dorélien.

Par ailleurs, licencié en communication sociale (Fasch), le trentenaire occupe pendant 4 ans un poste de communicant dans une organisation nongouvernementale. Ensuite il se spécialise en communication visuelle au siège social de l’OMT (Organisation mondiale du tourisme) à Madrid. D’autres spécialisations en « business communication » et en « communication visuelle » à Broward College, en Floride, sont inscrites sur la liste des formations qui ont contribué à faire progresser son travail. Actuellement conseiller spécial en communication pour la direction générale du ministère du Tourisme, il travaille aussi en tant que consultant privé en communication et marketing pour plusieurs entreprises.

La photographie de Samuel Daméus, c’est de l’art pour l’art qui s’est ensuite mué en un engagement avec Faces of Haiti, son exposition itinéraire qui a pris son baptême de feu à Miami en janvier dernier et n’a de cesse de voyager à travers le monde. Elle est passée à Orlando, à Pékin. Haïti sera la destination finale. L’idée est de montrer les multiples facettes d’Haïti dans son authenticité, sous un autre angle. C’est une scène vécue à Jérémie après le passage du cyclone Mathew qui va lui inspirer ce projet.

Sollicité par l’organisation à but non lucratif Sow a Seed pour accompagner une mission dans cette région du pays, le cri du cœur d’une fille se retrouvant parmi une foule entassée dans les quelques pièces d’un orphelinat l’aura beaucoup marqué. «Cette jeune femme âgée de 16 ans, mère célibataire de deux enfants, m’a dit : “Nou souri paske isit la nou yonn ka konte sou lòt pandan nou la”. Ces mots m’ont donné des frissons », confie le photographe qui s’est cru, de fait, investi de la mission de vendre l’image de son pays à l’opposé de la façon dont le font les médias internationaux.

Toute la satisfaction du photographe réside dans le fait que l’exposition attire aussi des étrangers. À son lancement à Miami le 27 janvier, dans l’assistance composée surtout d’Haïtiens, se trouvaient aussi deux journalistes étrangers qui ont fait écho du vernissage dans la presse de la Floride durant la soirée. Le lendemain, au moment où il pliait bagage, une foule de gens, surtout des étrangers cette fois, est accourue à la galerie Macaya pour admirer par elle-même les photos dont les travailleurs de la presse ont dit tant de bien. À Pékin, les représentants de plusieurs ambassades présents dans la capitale et qui sont venus voir son exposition ont reçu une photo. « C’est ma plus grande fierté de savoir que des photos de mon pays sont exposées à d’autres regards dans ces ambassades », se réjouit-il.

Le succès de son exposition le transforme en une sorte de voix pour la jeunesse, faisant office de speaker dans des activités d’envergure dont Young Merit Leaders, Haiti Tech Summit. Il pense que la popularité de Faces of Haiti ne s’explique pas tant par la qualité des photos, mais par le désir des visiteurs de voir autre chose que les clichés véhiculés sur Haïti. « Je ne suis pas, dit-il, un maître en rendu, que je suis sûr que mes photos parlent d’elles-mêmes ». Les prochaines destinations pour l’exposition sont Paris, Londres, Montréal.

Auteur: Chancy Victorin

Journal: Le Nouvelliste

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